Les sifflets en terre cuite du musée des civilations de l’Europe et de la Méditerrannée

Une Scic à la pointe de la tradition et de la modernité

Les sifflets en terre cuite du musée des civilations de l’Europe et de la Méditerrannée

Il est fait référence à la Fabrique de poteries de Cliousclat dans l’article suivant : http://www.mucem-sifflets-terre-cuite.fr/collection/chapeau.php?pays=rhone-alpes&title=Rh%C3%B4ne-Alpes.

En voici l’extrait nous concernant :

Cliousclat (Drôme)

Le sifflet 1945.12.1
a été donné par M. Anjaleras, potier à Cliousclat, à l’occasion d’une
opération de collecte organisée par le MNATP en 1945, et conduite par M.
Balmes.

Sifflet à eau trouvé autour de Dieulefit. Coll. Sourdive. © Pierre Catanès

Ill. 12 : Sifflet à eau trouvé autour de Dieulefit. Coll. Sourdive.
© Pierre Catanès

Ce sifflet en forme de petite cruche est semblable aux nombreux
sifflets rencontrés dans la région, mais assez différent des sifflets
anciens retrouvés dans le sol de la commune (ill. 12). Donné avec des éléments d’outillage de la poterie, on ne peut pourtant pas douter de son origine.

L’activité potière est ancienne dans ce village situé près des
axes de communication du Rhône. La diffusion de la poterie par la route,
le fleuve ou le chemin de fer a été aisée8.
Quand Jean-Pierre Anjaleras, originaire d’Ardèche, débute vers 1830, le
village compte une cinquantaine de potiers dont certains sont seulement
tourneurs et ne possèdent pas leur four. C’est son fils Marius
(1852-1928) qui va fonder la poterie Anjaleras. Allant au début, comme
d’autres, cuire sa production dans un autre four, il a l’idée de
développer un modèle complet et achète des terrains pour y faire
construire un atelier et un four (1902), ainsi que les terrains de
plusieurs carrières d’argile (ill. 13 et ill. 14).
Peu à peu, tous les potiers du village travailleront dans cette
fabrique et le four Anjaleras sera le seul en activité. Antonin et Numa,
fils de Marius, continuent la recherche de modernité en essayant, mais
avec peu de succès, de mécaniser la production. La fabrique emploiera
jusqu’à une centaine d’ouvriers. Après 1930, Antonin reste le seul
patron de la poterie, et c’est donc lui qui fit don du sifflet au MNATP.

La poterie de Cliousclat ; la cour intérieure et ses bancs de séchage en 2012. © Pierre Catanès

Ill. 13 : La poterie de Cliousclat ; la cour intérieure et ses bancs de séchage en 2012. © Pierre Catanès

La poterie de Cliousclat ; la façade extérieure en 2012. © Pierre Catanès

Ill. 14 : La poterie de Cliousclat ; la façade extérieure en 2012.
© Pierre Catanès

Comme dans d’autres villages, la baisse de la demande de poterie
utilitaire oblige à développer la production de la « bricole », les
pièces de petites tailles comme les tasses à café ou les rossignols, au
détriment de la « grosse cavalerie », les grands plats ou les vases de
jardin. Malgré cela, la fabrique sera vendue en 1964.

C’est Philippe Sourdive, un « étranger » dans le métier et le
village qui la rachète. Amoureux de la poterie traditionnelle, il
conserve les formes usuelles et en développe de nouvelles. Le tourneur
Charles Chanteperdrix qui travaille dans l’atelier depuis 1935, forme
les potiers de la nouvelle génération qui, souvent, partent ensuite
ouvrir leur propre atelier. S’inspirant des terres vernissées anciennes,
Philippe Sourdive introduit de nouveaux décors et ses plats décorés
« au clou » (technique du sgraffiato) font partie des plus belles réalisations en terre vernissée du xxe siècle.

Rossignol du « père Rossignol », vers 1960. Coll. particulière. © Pierre Catanès

Ill. 15 : Rossignol du « père Rossignol », vers 1960.
Coll. particulière. © Pierre Catanès

La production de rossignols, toujours présente dans la poterie
Sourdive, était due à un potier itinérant, le « père Rossignol », qui
venait déjà à l’époque d’Antonin Anjaleras.

« Il vient à Cliou sans crier gare, toujours en été, son
caractère difficile et secret le tient à l’écart des potiers. Son secret
réside dans sa merveilleuse façon de faire chanter les sifflets. Il
dort au-dessus de la cave à terre et, le jour où ça lui prend, va
trouver Antonin Anjaleras et lui demande son compte9. »

Charles Tripp a réussi à reconstituer en partie la vie de ce potier10.
Celui-ci s’appelait Jean Hagué. Né en 1909 à Beauvais, il avait appris
le métier de potier-tourneur aux établissements Greber. Entre les années
1950 et 1964, on le retrouve à Saint-Uze, à Saint-Laurent-du-Pape chez
Robert Géry, à Uzès chez les Pichon, au Poët-Laval, à Aubagne, à Annecy,
à Saint-Désirat, au Péage-de-Roussillon et bien sûr à Cliousclat.

Ce parcours peut largement expliquer les grandes similitudes qui
existent entre les sifflets insérés dans les sifflets à eau de beaucoup
de ces centres (ill. 15).

Il se retira à la fin de sa vie dans une cabane à Rochemaure (Ardèche) où il décéda en 1987.

Revenons à Cliouscat. Au décès de Philippe Sourdive en 1978, la
poterie sera reprise par ses deux fils, Nicolas et Olivier. Le « père
Rossignol » ayant cessé de venir, des essais de rossignols seront
réalisés, mais les sifflets étant difficiles à fabriquer et trop épais,
leur fabrication sera arrêtée. La poterie de Cliousclat continue à
produire aujourd’hui, à côté d’une production classique, les grands
plats et autres pièces d’exception, témoins de l’art de la terre
vernissée11.

  • Sifflet à eau en forme de cruche
    1945.12.1

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